On The Ruins Of Such Devastation… Nouvel album !

Il vient d’arriver, on attend le 33, sans tarder…

Workingman, Arm Yourself !

Être réactif, créatif, participatif, oser, entreprendre, se remettre en cause, travailler seul, travailler en réseau, zéro stock et zéro défaut, travailler sous tension, être toujours joignable, rationalisation, faire deux choses en même sens, faire trois choses en même temps, gérer son temps, stimulation, émulation, flux tendu, être franc, productivité, être direct, s’investir personnellement, faire siennes les valeurs de l’entreprise, profil comportemental individuel, se penser comme entrepreneur autonome, être mobile, saisir les opportunités, travailler son employabilité, reconnaître ses fautes, mettre en valeur ses savoir-faire, mettre en avant son savoir-être, individualisation, gratification, individuation, méritocratie, atomisation, se passer d’amis, se passer de collègues, se passer de confrères, se penser en concurrent, la vie est concurrence, société du risque, harcèlement, motivation, se taire, faire le dos rond, attendre, prendre sur soi, mur du silence, ne penser qu’à soi, incompréhension, s’isoler, placardisation, se faire violence, sombrer, ne vivre enfin que par la mort que l’on se donne… Mourir au turbin ? 

Fuck Off !

Les politiques néolibérales veulent faire de nous des êtres calculateurs, indifférents aux autres, seulement concernés par leur survie économique, leur réussite sociale et leur confort personnel ; des individus apathiques et auto-centrés, narcissiques voire misanthropes, à l’écoute de leur Moi profond et des bonnes affaires commerciales du jour. Heureusement beaucoup d’entre nous refusent de se soumettre, d’accepter l’atomisation sociale, la guerre de tous contre tous et les anti-dépresseurs qui nous permettent de tenir le coup, encore et encore.

En 1886, les mineurs de Decazeville avait défenestré leur directeur, Jules Watrin, qui se remplissait les poches en buvant leur sang. Certains trouvèrent la riposte trop radicale. Le vieux Émile Pouget, dans Le Père peinard, écrivit quelques années plus tard : « Il y a des pleurnicheux qui la trouvent mauvaise : “A quoi ça sert ? Qu’ils rengainent. Qu’on crève un (patron)… qu’on en crève dix ou vingt, ça ne change rien à la mistoufle du populo. Faut s’en prendre aux institutions, et pas aux hommes” (…) Naturellement, ce n’est pas la watrinade d’un jean-foutre, ni de dix, qui nous donnera ce qu’on souhaite. N’importe, c’est un petiot commencement : primo, c’est des bons exemples ; deuxièmo, ça donne de l’espoir aux prolos qui voient qu’on n’est pas tous avachis ; troisièmo, ça fout la chiasse aux grosses légumes. »

« Foutre la chiasse aux grosses légumes » ! La belle expression ! 

Le seul espoir des travailleurs que le labeur abrutit, avilit, fait souffrir physiquement et aliène, réside dans leur capacité à, de nouveau, incarner le péril. Georges Sorel a écrit en son temps : « Les ouvriers n’ont pas d’argent, mais ils ont à leur disposition un moyen d’action bien plus efficace ; ils peuvent faire peur. » (Réflexions sur la violence, 1907). 

Sorel a raison : il faut que la peur change de camp. 

Le management moderne « soucieux des individus et à l’écoute des collaborateurs », n’est qu’une vaste fumisterie qui n’a d’autre but que d’atomiser les bipèdes que nous sommes pour nous rendre plus dociles, fragiles et flexibles. Alors oui !, à choisir, au suicide d’un salarié que le « management moderne » a dégoûté de la vie, nous préférons cent fois la watrinade d’un jean-foutre en costard-cravate.