Comment qu’on fait pour enregistrer un alboum de punk-rock quand on est dans Haymarket ?

Eric Musicanard nous propose un jour de passer aux choses sérieuses : « Faut enregistrer une démo les gars. ». Option 1 : aller en studio. C’est l’option que tout groupe un tant soit peu sérieux choisi. Mais les Haymarket ne sont pas du genre sérieux. Donc ils choisissent l’option 2 : aller à la campagne.

Comme leurs activités séditieuses les ont amené à côtoyer quelques paysans rebelles de la banlieue nantaise, ils leur demandent s’ils ne pourraient pas squatter une journée un bâtiment agricole quelconque. Une fois l’accord obtenu, les Haymarket s’installe dans une ancienne ferme délabrée peuplée de mésanges virevoltantes. Il est 9 heures du matin et les camarades paysans leur annoncent qu’à 13 heures, y’a une teuf de famille à 100 mètres. Et là-bas, une teuf de famille, c’est quarante péquins + méchoui + sono. En clair, les Haymarket doivent enregistrer douze ou treize titres en trois heures de temps avant que la Compagnie Créole n’embrase tout le secteur !

Qu’à cela ne tienne. Comme Haymarket est joyeusement je-m’en-foutiste et peu regardant sur la qualité de ce qu’il produit, tout sera enregistré en une seule prise. Et toc !

Quelques années plus tard, Eric Musicanard nous dit : « On a fait plein de pognon avec le premier alboum. Ce serait bien de refaire chauffer les cartes bleues des potes. Et pis, vous êtes plus très jeunes, alors faudrait songer à enregistrer les nouveaux titres avant que la grande faucheuse trouve votre adresse. »

Eric
Éric trépignant

Avec l’expérience accumulée, les Haymarket décide de ne plus partir à la cambrousse, mais de squatter le local des Six-8, situé en face d’un grossiste en vin (du gros qui tâche, évidemment). Tout le monde s’installe dans la froidure, because y’a pas de chauffage dans le local et il y règne un froid soviétique. Eric installe sa table de mixage ultra-moderne avec tout plein de boutons, souffle dans ses mimines et nous lance : « Allez, on fait un test son ». Les Haymarket s’exécutent et là, trente secondes plus tard, Eric lève un bras. La machine ne fonctionne pas ! Le voilà qui se met à la démonter, à vérifier le disque dur, à le reformater, à implorer les cieux. Vingt minutes plus tard, nouvel essai : « Ca semble marcher, nous dit-il, mais ça veut pas dire que ça va marcher longtemps. » Que faire ? Remettre l’opération à plus tard ? Non ! Nous décidons d’enregistrer les douze nouveaux titres le plus vite possible. Et de nouveau, en moins de trois heures, basse et batterie sont dans la boîte. Rendez-vous est pris dans une quinzaine de jours pour enregistrer une deuxième plage guitare. On décide de le faire un mardi soir, dans le local de répète municipal qui nous accueille depuis des années. Mais voilà. La veille, dans la nuit, une tempête a secoué Nantes. Le lendemain, des routes sont coupées par les arbres abattus, c’est le bordel sans nom. Patsy arrive le premier : il est 18h30, il a trente minutes de retard. Seb ? Il est pas là ! Eric ? Non plus ! Dehors ? Y’a des bouchons hallucinants et la ville est bloquée. A 19h30, Seb débarque. Il a  mis près de deux heures pour faire dix kilomètres. Et Eric ? Toujours pas là ! A 20 heures, il passe un coup de fil : « Je suis bloqué depuis une heure dans les embouteillages. Je suis à deux kilomètres du local. On n’annule pas, j’arrive ! » Il lui faudra une heure de plus pour nous rejoindre. C’est donc à 21 heures précises que le pauvre Seb a pu enfin se saisir de sa gratte pour enregistrer douze morceaux, le tout en une heure maximum, because le local, fallait le rendre à 22 heures.